Marcos Sorrentino/Simone Portugal/Moema Viezzer

20 ans après le premier Sommet mondial organisé au Brésil en 1992, et après le «Traité d’éducation environnementale pour des sociétés durables et une responsabilité globale» conclu lors de la Première Conférence Internationale sur l’Éducation environnementale, nous sommes encore loin d’avoir atteint les objectifs fixés. Les auteurs de cet article appellent par conséquent à mettre en place un réseau mondial d’éducateurs d’adultes et d’éducateurs environnementaux: le but est de développer ensemble des modes d’apprentissage diversifiés, des formes de travail et de connaissances alternatives élaborées dans le cadre de processus d’autodétermination, ainsi que des formes de travail et des comportements de consommation durables.

REAJA ! L’éducation environnementale des jeunes et des adultes


Les valeurs et les principes humanistes tels que la solidarité, le dialogue, le respect de la vie sous toutes ses formes hérités de diverses traditions philosophiques, politiques et spirituelles, se posent comme des défis à des sociétés désemparées face aux changements socio-environnementaux mondiaux que l’époque contemporaine a exposés à nos yeux, à nos cœurs et à nos esprits.

De même, l’histoire moderne révèle à l’humanité tout entière combien il est important de maîtriser les discriminations et les préjugés sous toutes leurs formes, des plus subtiles jusqu’aux plus violentes, parce que le thème du genre et de l’environnement jouent un rôle décisif dans l’émergence d’une nouvelle sensibilité (Castells, 1999). C’est de cette dernière que traite cet article.

Il est nécessaire que les sociétés humaines soient disposées et s’engagent à provoquer des changements pour l’avenir de notre espèce. Changer les comportements et les valeurs demande une éducation permanente et continue au travers de tous nos pores, à tout moment et dans toutes les situations de notre existence.

Ceci a beau paraître évident, les événements et les documents relatifs à l’éducation environnementale (EE) et à l’éducation populaire des jeunes et des adultes (EPJA) révèlent que ces deux domaines de connaissance ne dialoguent pas encore suffisamment entre eux.

Nous présentons ici des arguments permettant de démontrer la nécessité urgente d’inclure avec détermination l’éducation environnementale dans la formation des jeunes et des adultes tout en rapprochant ces deux domaines par le dialogue, et de faire la lumière sur la maîtrise des défis mentionnés.

Le Traité d’éducation environnementale pour des sociétés durables et une responsabilité globale 1

Le «Traité d’éducation environnementale pour des sociétés durables et une responsabilité globale» est le résultat de la Première journée d’éducation environnementale organisée à Rio de Janeiro en 1992 dans le cadre du Forum mondial, événement parallèle de la seconde Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (Rio 92).

Durant toute une année de travail au niveau international, le Traité a été élaboré avec la participation d’éducateurs et d’éducatrices d’adultes, de jeunes et d’enfants dans huit régions du monde (Amérique latine, Amérique du Nord, Caraïbes, Europe, Asie, États arabes, Afrique, Pacifique Sud) et publié au début dans cinq langues: portugais, français, espagnol, anglais et arabe.

Outre le fait qu’il a inspiré de nombreuses actions éducatives, il a encouragé la création d’organisations de la société civile et de réseaux d’éducation environnementale.

Les principes contenus dans le Traité (www.tratadodeedeucacaoambiental.net) dont s’inspire l’action de nombreuses initiatives d’EE sur notre planète, sont les suivants:

     

  1. L’éducation est un droit universel; nous sommes tous apprenants et éducateurs.
  2. L’éducation relative à l’environnement, qu’elle soit formelle, non formelle ou informelle, devrait être fondée sur la pensée critique et innovatrice en tout temps et lieu, et promouvoir la transformation et la construction de la société.
  3. L’éducation relative à l’environnement est individuelle tout autant que col lective. Elle vise à développer la citoyenneté locale et globale en respectant l’autodétermination et la souveraineté des nations.
  4. L’éducation relative à l’environnement n’est pas neutre, elle est fondée sur des valeurs. Elle constitue un acte de transformation sociale.
  5. L’éducation relative à l’environnement doit comprendre une approche holistique et donc une perspective interdisciplinaire dans les rapports entre les êtres humains, la nature et l’univers.
  6. L’éducation relative à l’environnement doit stimuler la solidarité, l’égalité et le respect des droits de la personne mettant en jeu des stratégies démocratiques et une ouverture aux échanges interculturels.
  7. L’éducation relative à l’environnement devrait traiter les questions globales critiques, leurs causes et leurs rapports réciproques dans une approche systémique et des contextes historiques. Les questions fondamentales associées au développement et à l’environnement, telles que la population, la santé, la paix, les droits de la personne, la démocratie, la faim, la détérioration de la faune et de la flore, devraient être perçues de la même manière.
  8. L’éducation relative à l’environnement doit encourager l’égalité des partenaires dans les processus de prises de décisions à tous les niveaux et à tous les stades.
  9. L’éducation relative à l’environnement doit recouvrer, reconnaître, respecter, réfléchir à et utiliser l’histoire indigène et les cultures locales, ainsi que promouvoir la diversité culturelle, linguistique et écologique. Ceci implique qu’il faut tenir compte de la perspective des autochtones afin de changer les approches ethnocentriques et qu’il faut encourager l’éducation bilingue.
  10. L’éducation relative à l’environnement devrait habiliter tous les peuples et promouvoir les situations permettant le changement et la participation démocratique à la base. Cela signifie que les communautés doivent retrouver le contrôle de leur propre destinée.
  11. L’éducation relative à l’environnement valorise le savoir sous toutes ses formes. Le savoir est divers, cumulatif et produit socialement. Il ne devrait pas être exploité ou monopolisé.
  12. L’éducation relative à l’environnement doit être conçue de façon à permettre aux gens de régler les conflits d’une manière juste et humaine.
  13. L’éducation relative à l’environnement doit stimuler le dialogue et la coopération entre les individus et les institutions afin de créer de nouveaux modes de vie fondés sur la tentative de répondre aux besoins essentiels de tous, sans égards aux différences d’ethnie, de sexe, d’âge, de religion, de classe, de conditions physique ou mentale.
  14. L’éducation relative à l’environnement exige une démocratisation des médias de masse et l’engagement des médias à servir les intérêts de tous les secteurs de la société. La communication est un droit inaliénable et, les médias de masse doivent être transformés pour devenir un des principaux véhicules d’éducation, non seulement en disséminant l’information de manière égalitaire, mais également à travers l’échange de moyens, de valeurs et d’expériences.
  15. L’éducation relative à l’environnement doit inclure les connaissances, les aptitudes, les valeurs, les attitudes et les actions. Elle devrait convertir chaque occasion en une expérience éducative pour des sociétés durables.
  16. L’éducation doit aider à développer une conscience éthique de toutes les formes de vie avec lesquelles les êtres humains partagent la planète, respecter tous les cycles de vie et imposer des limites à l’exploitation des autres formes de vie par les êtres humains. (p. 31)
  17.  

En 2006, le Traité a été révisé lors de la V e rencontre ibéro-américaine d’EE organisée à Joinville, dans l’État brésilien de Santa Catarina. En 2007, il a fait l’objet d’un atelier du Conseil international d’éducation des adultes à Nairobi (Kenya) et a été divulgué à Ahmadabad (Inde) lors du Congrès international organisé à l’occasion du 30 e anniversaire de la première Conférence intergouvernementale sur l’éducation environnementale de Tbilissi. Ces événements internationaux ont permis d’évaluer l’actualité du Traité et d’organiser la seconde Journée internationale d’éducation environnementale.

Outre le fait d’avoir été décidée par les participants à la première Journée dans le but d’assurer le suivi continu et l’évaluation périodique du Traité, la décision de réaliser cette seconde Journée considérée comme le point culminant de Rio92+20, repose sur le caractère symbolique et sur les opportunités politiques de l’année 2012, date qui va tracer les chemins de l’humanité pour les siècles prochains. Des prophéties mayas jusqu’au groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, en passant par la décision de l’ONU et du gouvernement brésilien d’organiser la Conférence, toutes les projections et tous les scénarios du futur insistent sur l’importance de cette échéance.

Le défi consiste par conséquent à structurer, d’ici à 2012, un processus de débats et de manifestations publiques pour placer l’EE au centre des politiques publiques, processus qui devra être dirigé par les organisations de la société civile avec la participation des universités, de l’État et d’autres acteurs sociaux.

L’éducation populaire des jeunes et des adultes EPJA sous l’angle de l’éducation environnementale (EE)

La recherche de la transformation humaine et sociale, de même que la promotion de sociétés justes et écologiquement équilibrées, principes exprimés dans le Traité, demandent de s’attaquer aux causes de la dégradation humaine et sociale dans une perspective globale et systémique à partir des réalités locales. Promouvoir la diversité culturelle tout en valorisant le savoir sous toutes ses formes et en créant des modes de vie basés sur l’expérience de l’autogestion du travail, sur les ressources et les connaissances, sur la production et la consommation durables.

L’éducation environnementale «vise à développer la citoyenneté locale et globale en respectant l’autodétermination et la souveraineté des nations» (Viezzer, Ovalles et Trajber, 1995, p. 30) et œuvre «dans le but d’éradiquer le racisme, le sexisme et d’autre préjugés (…) et de favoriser un processus de reconnaissance des droits territoriaux» (idem).

Le rôle des politiques publiques en matière d’EE et d’EPJA, qui consiste à garantir le droit à l’apprentissage sans discrimination d’âge, de genre, de race, d’ethnie, de classe, d’orientation sexuelle et de religion, de même qu’à encourager les acteurs impliqués à synergiser les actions et l’échange d’informations afin d’améliorer les pratiques et les réflexions existantes, n’est pas moindre.

Il est indispensable d’avoir une connaissance critique de cette situation existentielle, mais aussi de réfléchir sur la manière d’être et de s’intégrer dans le monde, afin de penser l’action éducatrice et politique, car

«exister humainement, c’est nommer le monde pour le transformer. À son tour, le monde nommé revient problématisé vers les sujets, exigeant d’eux qu’ils le nomment de nouveau». (Freire, 1987, p. 78)

La question socio-environnementale, outre qu’elle est un thème générateur, peut et doit induire des processus d’alphabétisation et d’éducation continue tout en renforçant la durabilité et l’intégration des capacités acquises, et en encourageant la continuité de l’alphabétisation dans le monde et pour le monde de la vie.

Une brève analyse des documents récents (Haugen, 2006; Merriam et autres, 2006; Schemmann, 2007; Soriano, 2007; Tanvir, 2007) donne un aperçu de la demande en EE et en EPJA, et de sa répercussion encore insuffisante dans ce domaine. Cette analyse réaffirme l’urgence de rapprocher ces deux champs, étant donné:

     

  1. Le fait que certains textes et certains auteurs exigent de manière explicite mais néanmoins générale, d’introduire le thème de l’environnement et l’EE dans la formation des jeunes et des adultes.
  2. Les carences épistémologiques et méthodologiques, les lacunes en matière de techniques et de matériels en EE et en EPJA; de nombreux textes et de nombreux auteurs ne mentionnent même pas la thématique; certains expliquent parfois pourquoi.
  3. La très faible présence d’exemples d’activités et de projets concrets axés sur l’intégration de l’EE dans l’EPJA.
  4.  

REAJA: Réseau d’éducation environnementale des jeunes et des adultes

Ce nom résume bien le projet présenté dans les paragraphes suivants; le but du projet est d’articuler entre eux d’une part les éducateurs et éducatrices de jeunes et d’adultes, d’autre part les éducateurs et éducatrices environnementaux, afin qu’ils accomplissent leur mission en interaction.

En portugais, REAJA est l’acronyme de «Réseau d’éducation environnementale des jeunes et des adultes», mais aussi la forme impérative du verbe «reagir». C’est une invitation à l’action, une exhortation à agir, à renforcer l’action, à relever individuellement et collectivement le défi consistant à construire un monde meilleur. C’est une invitation à réagir face au courant de découragement et aux solutions autoritaires et eschatologiques, en encourageant les jeunes et les adultes de tous les pays et de toutes les communautés de notre planète à embrasser la cause environnementale, à s’alphabétiser dans ce sens et à s’engager avec tous en faveur de l’éducation tout au long de la vie, permanente et continue, de façon à articuler entre eux les divers acteurs sociaux dans le but d’atteindre l’objectif.

Apprendre à lire le monde et le mot, comme disait Paulo Freire; améliorer les conditions de vie et des systèmes d’appui à la vie; se responsabiliser pour réaliser des travaux durables et promoteurs de sociétés durables; connaître et transformer l’environnement, en faire un processus permettant d’améliorer ses propres conditions de vie et un acte de solidarité avec ceux qui nous sont proches ou éloignés dans le temps et l’espace, humains et non humains. Enfin, promouvoir l’éducation tout au long de la vie afin que la vie ne s’éteigne pas et qu’elle soit chaque jour meilleure pour toutes et pour tous, pour les citoyennes et les citoyens de «notreplanète, petite et encore belle».

Sans EE, il est impossible de faire face aux changements socio-environnementaux globaux qui s’annoncent et qui sont d’ores et déjà en progression. Les Objectifs du millénaire, la Décennie de l’éducation pour le développement durable, les conventions et les programmes considérés comme prioritaires par l’ensemble des nations, ne peuvent se concrétiser sans l’EPJA.

Ceci est par conséquent une bonne occasion pour nous de débattre sur la pertinence et la nécessité d’intégrer l’éducation environnementale dans la formation des jeunes et des adultes, et d’examiner leurs éventuelles convergences lors de la seconde Journée internationale organisée dans le cadre du Traité d’éducation environnementale pour des sociétés durables et une responsabilité globale.

La maîtrise de diverses formes d’impérialisme, de colonialisme, d’invasion armée et de domination culturelle, l’éducation primaire universelle, la réduction de la mortalité infantile, l’augmentation de l’espérance de vie, le vote libre et la démocratie peuvent être considérées comme d’importantes conquêtes de l’humanité. Mais ces conquêtes ne sont pas encore réalisées dans tous les pays ni dans toutes les communautés, et entraînent avec elles un paquet de modernité (le capitalisme de l’hyperconsommation évoqué par Gilles Lypovetsky dans «Le bonheur paradoxal») qui homogénéise les cultures, nie la diversité (donnant la suprématie à la relation moi-cela aux dépens de la relation moi-toi, comme nous fait remarquer Martin Buber) et menace la survie de l’espèce humaine tout entière après avoir contribué à l’extinction ou mis en péril la survie de peuples, de langues et d’innombrables espèces et systèmes naturels.

Les jeunes et les adultes seront de plus en plus souvent appelés à défendre, protéger, conserver et préserver l’environnement dans lequel ils vivent et construisent leurs rêves d’avenir. Sans eux, nous ne donnerons pas d’éducation aux garçons ni aux filles, nous ne créerons pas les conditions nécessaires pour qu’ils s’instruisent.

Les informations fragmentaires sur le «réchauffement de la Terre» et leurs rapports de causalité avec le mode de vie prédominant de l’époque contemporaine peuventils nous réveiller? Ou bien au contraire, les moyens de communication, l’excès d’informations et l’individualisme consommateur nous éloignent-ils de plus en plus de l’action transformatrice, individuelle et collective axés sur le bien commun et les causes publiques?

Comment est-il possible qu’il y ait encore des gouvernements, de grandes corporations ou des organisations de la société civile qui n’investissent pas dans l’éducation des adultes? Et comment pouvons-nous ne pas tenir compte de l’environnement dans la formation des jeunes et des adultes?

Cette question en soulève d’autres: comment ouvrir des espaces à notre réalité locale et planétaire, sociale et environnementale, de façon à ce que l’éducation des jeunes et des adultes soit pour la vie, à ce qu’elle forge l’amélioration de la qualité de vie de tous et de chacun d’entre nous? Comment transformer l’EPJA en un prérequis pour les autres éducations, pour les programmes et les projets de développement, les projets culturels et sociaux? Comment éviter que l’alphabétisation ne se limite à la langue officielle, à l’apprentissage de base des mathématiques et à quelques autres petits savoirs d’ordre général?

Qu’attend-on de l’éducation des jeunes et des adultes?

Outre qu’elle diffuse et applique le Traité d’Éducation environnementale pour des sociétés durables et une responsabilité globale en le soumettant à un débat critique, elle doit promouvoir l’engagement participatif des acteurs en tant qu’éducatrices et éducateurs environnementaux auprès de leurs groupes sociaux. On attend surtout de l’EPJA qu’elle suscite le débat sur les diverses réalités socio-environnementales aux niveaux local et mondial, qu’elle encourage l’engagement individuel et collectif en faveur d’initiatives axées sur sa transformation au sens du bien commun: conservation, réhabilitation et amélioration de l’environnement et de la qualité de vie de tous et de toutes. Ce que l’on attend de l’EPJA, c’est par conséquent:

     

  1. Qu’elle encourage le dialogue et le débat critique sur la réalité socio-environnementale entre les jeunes et les adultes, qu’elle ouvre des voies à la participation individuelle et collective pour construire des sociétés durables;
  2. Qu’elle s’appuie sur le Traité d’EE et sur tout le chemin parcouru jusqu’avant Rio92+20, et qu’elle s’en serve comme d’une opportunité pour former des cercles de culture pour l’apprentissage participatif sur l’environnement et la qualité de vie, tout en associant le Traité à d’autres chartes élaborées par l’humanité au niveau mondial dans la perspective d’un avenir durable, notamment la Charte de la Terre;
  3. Qu’elle promeuve la formation et/ou le renforcement de collectifs éducateurs qui réunissent les efforts d’organisations environnementales et éducatives, et qui élaborent et mettent en pratique des projets politico-pédagogiques territoriaux axés sur le renforcement de l’action des éducatrices et des éducateurs environnementaux populaires en interconnexion avec les divers acteurs sociaux.
  4.  

Les politiques publiques d’EE ne doivent pas être monoculturelles. Ceci signifie qu’il ne suffit pas d’élaborer des projets pertinents et de considérer qu’ils sont uniques, mais qu’il est urgent de lutter avec, dans et en faveur de la diversité des acteurs et de leurs besoins, de leurs demandes, de leurs projets et de leurs alternatives afin de conserver, de réhabiliter et d’améliorer l’environnement et la qualité de vie de tous les individus, de toutes les espèces, de toutes les sociétés et de tous les systèmes naturels.

Dans ce esprit, et en ce qui concerne le Brésil, nous pouvons mentionner les projets suivants mis en pratique au cours de la dernière décennie dans le domaine scolaire: le paramètre curriculaire national, les paramètres curriculaires nationaux en action, les Com-Vidas (commissions pour l’environnement et la qualité de vie dans les écoles), l’éducation environnementale séquentielle, la Conférence nationale infanto-juvénile pour l’environnement, les programmes transversaux par le biais de projets ou d’études environnementales, les centres d’EE, les dynamiques de groupe sur des thèmes environnementaux, les initiatives d’éducation artistique environnementale, les clubs écologiques, la réadoption d’une décision qui semblait dépassée, consistant à faire de l’EE une discipline d’enseignement.

Dans le domaine de l’éducation non formelle, on mentionnera entre autres les projets suivants: «classes vertes» (télécentres d’éducation environnementale); collectifs éducatifs (avec la représentation de différents acteurs sociaux); éducation à la gestion environnementale; éducation environnementale dans le cadre des démarches pour obtenir des permis d’environnement; éducation environnementale dans les unités de conservation; cercles d’apprentissage participatif sur l’environnement et la qualité de vie; législation et fiscalisation environnementales strictes ainsi qu’un nombre infini d’autres projets positifs.

Mais tous ces projets ne suffisent ni ne suffiront pour que nous puissions affirmer que nous avons tous une éducation environnementale.

L’éducation est un processus et en tant que tel, il doit être permanent et continu, pour toute la vie, articulé entre toutes les institutions et toutes les personnes qui agissent dans chaque cadre de notre existence, cherchant toujours à embrasser la totalité des participants de ces espaces.

Ni les États, ni les institutions isolées ou concurrentes qui rivalisent entre elles pour gagner les quelques âmes qui s’intéressent à l’EE, ne trouveront la solution miracle pour que nous nous transformions en peuples environnementalement éduqués.

Le rôle de toute politique publique d’EE est de rapprocher les uns des autres les acteurs les plus divers qui travaillent dans ce domaine, afin de leur proposer, en tenant compte des limites et des potentialités objectives et subjectives de chaque réalité, une synergie d’actions et un échange d’informations permettant d’améliorer les pratiques et les réflexions existantes. Ceci suppose d’agir de manière intégrée et intégratrice tout en favorisant les initiatives structurantes de sorte que chaque domaine puisse promouvoir sa propre éducation environnementale.

C’est à partir de la réalité locale que nous devons exercer de manière constante et continue notre solidarité synchronique et diachronique; c’est-à-dire la solidarité pour assurer la préservation et l’amélioration de la qualité de vie de toutes celles et de tous ceux qui vivent actuellement sur notre planète, et qui y habiteront plus tard. D’où l’importance de chercher des modes de production et de consommation durables.

«Un autre monde est possible!». Cette affirmation réitérée dans toutes les éditions du Forum Social Mondial dès sa création soulève de nombreux doutes, notamment en temps de crise financière et économique planétaire, de changements socioenvironnementaux mondiaux associés au réchauffement de la Terre, aux guerres et aux investissements dans l’armement sur tous les continents, à la croissance du nombre de personnes vivant dans l’indigence et au-dessous du seuil de pauvreté, et à tant d’autres antécédents qui nous démoralisent.

Mais le mot portugais dúvida (doute) contient aussi le mot vida; et tant qu’il y a de la vie, il y a doute et espoir; nous pouvons par conséquent penser qu’un autre monde est possible, que d’autres sociétés humaines sont possibles, mais elles sont et seront forgées par l’être humain dans sa routine quotidienne.

Il est urgent de transformer chaque école en un centre de processus d’éducation permanente, continue et tout au long de la vie; processus qui doivent accompagner les processus de scolarisation des jeunes et des adultes, mais surtout leur faciliter l’accès à des processus éducatifs s’inspirant des cercles de culture proposés par Paulo Freire.

La création de cercles et de communautés d’apprentissage participatif sur l’environnement et la qualité de vie implantés dans les écoles ou d’autres équipements sociaux publics et communautaires, peut contribuer à faire une interprétation critique de l’environnement social qui permettra d’augmenter la puissance individuelle et collective pour agir tout en améliorant la qualité de vie.

Il est possible de concevoir et de mettre en place des politiques publiques engagées à condition de renforcer les bases organisées de la société, de les articuler sous forme de collectifs éducatifs dans chaque territoire de chaque pays à l’aide de projets politiques pédagogiques participatifs élaborés en accord avec les institutions et les habitants desdits territoires.

La promotion de la formation d’éducatrices et d’éducateurs environnementaux populaires par l’intermédiaire des communautés et des cercles d’apprentissage, de même que l’articulation entre eux desdits auteurs au moyen d’un immense Réseau planétaire destiné à interconnecter et renforcer les initiatives d’Éducation Environnementale des Jeunes et des Adultes est l’une des voies proposées dans cet esprit.

Bibliographie

Buber, Martin. Eu e Tu. São Paulo: Cortez et Moraes, 1979.

Castells, Manuel. A Era da Informação: economia, sociedade e cultura, 3 volúmenes, São Paulo: Paz e Terra, 1999.

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Haugen, Caitlin Secrest. Environmental Adult Educator Training: Suggestions for Effective

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Lipovetsky, Gilles. A Felicidade Paradoxal. São Paulo: Companhia das Letras, 2007.

Merriam, Sharan B; Courtenay, Bradley C.; Cervero, Ronald M. Temas Mundiales y Educación

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Schemmann, Michael. Confintea V desde la perspectiva de la organización política mundial. In: Convergencia. Volumen XL, número 3-4, 2007. p.167-179.

Soriano, Cecilia. Desafíos de la alfabetización de personas adultas: las 7 M. In: Convergencia. Volumen XL, número 3-4, 2007. p.193-201.

Sorrentino, Marcos; Portugal, Simone; Viezzer, Moema. Educação Ambiental de Jovens e Adultos – EAJA - A Educação de Jovens e Adultos à Luz do Tratado de Educação Ambiental para Sociedades Sustentáveis e Responsabilidade Global. Revista LatinoAmericana de Educación y Política La Piragua. CEAAL nº 29, II, 2009.

Tanvir, Mohammad Muntasim. Más allá de la retórica: una receta para la acción de la sociedad civil sobre la alfabetización. En: Convergencia. Volumen XL, número 3-4, 2007. p.137-150.

Tratado de educação ambiental para sociedades sustentaveis e responsabilidade global www.tratadodeeducacaoambiental.net

Viezzer, Moema; Ovalles, Omar; TRAJBER, Rachel. Manual Latino-Americano de Educação Ambiental. São Paulo: Editora Gaia, 1995.

Notes

1 Certains passages reproduits ici sont extraits de l’article «Éducation environnementale des jeunes et desadultes – EAJA -: l’éducation des jeunes et des adultes à la lumière du Traité d’Éducation environnementale pour des sociétés durables et une responsabilité globale» des mêmes auteurs, publié dans la Revue latinoaméricaine d’éducation et de politique La Piragua, 2009.