Mary Robinson

Déclaration sur le leadership des femmes en matière de justice climatique

Le changement climatique est une des questions écologiques, économiques, politiques, sociales et humanitaires les plus pressantes et les plus graves de notre  époque. Toutefois, les négociations internationales sur le climat – la COP16 qui se  tient actuellement au Mexique, à Cancún – se déroulent dans un esprit ne laissant que peu de place aux attentes et aux espoirs, ce qui est peut-être justement dû en  partie aux attentes irréalistes, et du coup à l’inévitable déception, liées à la COP15 de Copenhague, l’an dernier.

Cependant, nous devons prendre des mesures pour nous attaquer à l’échelle internationale au changement climatique et assurer la justice climatique pour tous. Cette dernière recouvre les droits humains et le développement durable, et répartit équitablement les bienfaits et les fardeaux qu’apporte le changement climatique tout en préservant les droits des plus vulnérables. Pour espérer en tant que communauté  mondiale pouvoir répondre à cet immense défi, les femmes leaders devront jouer un plus grand rôle en ce qui concerne les innovations, les décisions et la mise en œuvre des solutions si impérativement nécessaires.

Les inégalités mondiales sont une façon de dire que tout le monde ne dispose pas des mêmes possibilités de participer aux processus décisionnaires internationaux, de réduire ses émissions ou de faire face aux effets du changement climatique. Une approche tenant compte de la justice climatique fera davantage entendre les voix de ceux qui sont les moins responsables du changement climatique, mais qui sont toutefois les plus gravement touchés par celui-ci. Il s’agit ici, entre autres, des citoyensdes États insulaires et des pays vulnérables qui luttent pour survivre, des communautés indigènes dont les terres et les ressources sont menacées, des fermières qui nourrissent leurs familles et cultivent une grande quantité des denrées alimentaires du monde, et enfin des populations les plus pauvres et les plus marginalisées, qui souffrent le plus de la pauvreté, de la faim, de la maladie et de l’injustice.

Beaucoup de femmes remarquables sont déjà de puissants agents du changement au sein de leurs communautés, de leurs pays et d’organisations internationales qui se consacrent au climat. Toutefois, elles sont encore sous-représentées dans les prises de décisions nationales et internationales. On entend notamment aussi très rarement les voix des femmes du Sud. Leur grande expertise et leur vaste savoir sont largement absents des débats internationaux. Pour être juste et équitable, toute approche des solutions au changement climatique doit inclure les femmes aux côtés des hommes à tous les niveaux du processus politique sur ce thème.

Nous savons que les femmes du Sud composent majoritairement la population mondiale la plus pauvre et qu’elles font partie des populations les plus touchées par les effets actuels et imminents du changement climatique. Nous savons également que les hommes et les femmes ne contribuent ni ne sont affectés de la même façon par le changement climatique étant donné que les attentes de la famille et de la communauté envers eux ne sont pas non plus les mêmes. Eu égard aux inégalités et aux écarts de développement liés au sexe, le changement climatique impose en fin de compte un fardeau plus lourd aux femmes. De ce fait, la question du genre est une des grandes dimensions de la justice climatique.

De telles inégalités entre les sexes ont incité beaucoup de femmes leaders à interve nir. Les actions entreprises avec détermination par des individus et des organisations de femmes dans le monde entier ont permis de réaliser d’importants progrès pour assurer que les textes des négociations en pourparlers dans le cadre des discussions de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) adoptent un langage prenant en compte la dimension du genre. Il est vital de ne pas faire régresser les progrès dans ce domaine et de faire accepter l’importance de la dimension du genre dans des domaines essentiels où elle est encore absente – notamment l’atténuation des effets du changement climatique et le financement.

En même temps, le leadership des femmes est nécessaire pour incorporer la justice climatique dans l’éventail tout entier des questions climatiques à l’ordre du jour de la COP16 comme, par exemple, l’adaptation, le transfert de technologies, les forêts, la création de capacités et la planification nationale, tant dans les pays développés que dans ceux en développement. Il paraît probable que les résultats de la COP16 mettront en relief des processus, des activités de suivi et des mécanismes dans des domaines spécifiques – tout particulièrement la création d’un fonds consacré au changement climatique – qui indiqueront la voie des interventions à court terme et de tout accord international futur. Les femmes leaders doivent jouer un rôle actif pour garantir que les composantes des accords signés à l’avenir reposent sur la justice climatique.

Le fait que nos attentes soient si minimales ne doit pas conduire les négociations à mettre en œuvre des mesures manquant de transparence, ne tenant pas suffisamment compte des idées de la société civile ou offrant des protections inadéquates. Les résultats de la COP16 devraient plutôt guider la communauté internationale sur la voie de la promotion et de la protection des besoins des plus vulnérables – qu’il s’agisse d’individus, de communautés ou de pays. La justice climatique étayée par l’importance qu’elle donne au genre peut motiver une intervention puissante, juste et efficace dans tous les domaines touchant au changement climatique. Les femmes leaders plaidant à tous les niveaux en faveur de la justice climatique peuvent aider à réaliser de véritables progrès à Cancún. Au lieu de s’enfermer dans le cynisme et l’inaction, nous pourrons progresser à la COP16 pour créer le monde qu’il nous faut pour l’avenir de nos enfants.

Publié le 2 décembre 2010 à la COP16, Cancún, Mexique